ÉCOUTE : The Mystery Lights

Ne vous est-il jamais arrivé de vous sentir en décalage, de venir d’une autre époque, de vivre un autre Temps ? Fugace, le maléfice peut sévir à n’importe quel moment : une divine odeur du passé, la voix enveloppante d’un ancien amant… La vision même d’une boîte de Pim’s peut faire naître l’idée, au détour d’un Auchan.

Ce sentiment me fait parfois peur, mais il n’est pas encore l’heure de m’épancher ici sur mes triggers. Conscient des risques de ce genre d’humeur, je profite de l’occasion pour vous livrer mon secret pour m’échapper de ces transmutations : à l’instant où je souhaite descendre de mon belvédère, je me fends simplement d’un passage sur les tendances de Twitter. L’évocation de tout TT relatant de CNEWS ou d’une quelconque émission de télévision m’assure alors les dents qui baignent, le cœur qui saigne, me ramenant bien vite à la raison.

De retour au réel, en parfait Homme de mon Temps, j’en profite alors pour confesser le vinyle qui hante ma platine Michèle depuis déjà quelques temps. Ainsi va ma daily routine : émergeant dans la brume matinale, les cheveux gominés mais le teint alerte, je ne saurais aspirer mon café sans ma nouvelle marotte : The Mystery Lights et son rock.

Les musiciens Mike Brandon et Luis Solano sont californiens, mais leur irruption dans le Queens ne vous surprendra en rien. Nous sommes en 2016 et le label New Yorkais Daptone Records dévie alors de ses origines soul et inaugure une nouveauté : Wick, une succursale destinée au rock. Toujours le rétro en ligne de mire, Wick réserve sa première saillie aux deux, rejoints à l’occasion par trois membres, Kevin Harris, Nick Pillot et Alex Amini. À l’heure même ou la grosse pomme est en quête de sa propre identité, qui eut cru qu’un nouveau souffle venu de Californie puisse la lui croquer ?

Le premier album de The Mystery Lights pour Wick s’intitule sobrement The Mystery Lights (https://www.youtube.com/watch?v=TptRkE3gbwY) et sonne comme une franche note d’intention. Le groupe y arbore les essences qui ont forgé les années 60 : guitare fuzz et orgue farfisa portés par la voix mordante de Brandon, ingrédients de base pour un garage rock sous acides, c’est à dire en somme assez classique. The Mystery Lights parvient ainsi à faire dériver la hargne des Hives sur un flow psychédélique, évoquera sans doute pour ses adeptes les plus abrupts morceaux des Seeds, des Leaves, voire même des Sonics.

Après une introduction faisant valoir son enregistrement entièrement analogique, le freakbeat endiablé diverge dès la troisième piste Flowers in My Hair, Demons in My Head dans un torrent acide, embrassant des flots psychédéliques. Without me amorce une première descente aux accents plus soul, en apparente décontraction mais coupée court par le cri d’ouverture de Melt, sans la moindre sommation. L’audace paie et tenu par les vociférations en sourdine de Brandon, j’ai été saisi par l’album jusqu’à What Happens When You Turn the Devil Down, son dernier souffle.

Bien sûr, certaines voix pourront à raison lever quelques critiques, regretter un voyage trop proche de ses classiques, arpentant les sentiers de ses aïeux d’un ton parfois trop obséquieux. The Mystery Lights achevé, les lumières se rallument et bien entendu, à défaut d’assister à Brooklyn à un discours de Malcom X en 68, j’étais confronté à la réalité la plus rude : la piste du Mymos désormais vide et désertée, je voyais partir dans le noir Malcom-Mix, son illustre disc jockey. Encore haletant, j’observais alors l’œil imbibé ma cavalière, scrutais sa choucroute à peine déchevelée… Le voyage nous a tenus en haleine mais nous allions rentrer seuls, chacun de son coté.

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